APPEL A L’ACTION: L’insécurité à l’Est de la RD Congo

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Genève, le 11 décembre 2009

 

 

APPEL A L’ACTION

 

L’insécurité à l’Est de la RD Congo :

Agir maintenant ou faillir à l’obligation de protéger

 

La situation sécuritaire continue de se dégrader en RD Congo malgré les opérations militaires conjointes menées en janvier et en juillet 2009 par les armées congolaise (FARDC) et rwandaise visant à chasser les rebelles des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) et d’autres groupes armés à l’Est de la RD Congo. Il en résulte des violations graves et massives des droits de l’homme et du droit humanitaire. Par ailleurs, la mobilisation de la communauté internationale à travers la présence de la Mission des Nations Unies en RD Congo (MONUC) et la tenue d’une session spéciale du Conseil des droits de l’homme sur la situation des droits de l’homme à l’Est de la RDC en novembre 2008, n’a pu renforcer la protection de la population civile qui continue de subir les exactions des rebelles et des groupes armés. Un an après cette session spéciale, la situation actuelle est plus préoccupante que jamais avec des attaques à répétition contre la population civile. La nouvelle donne appelle à une action immédiate de la communauté internationale qui doit assumer son obligation de protéger la population civile.

 

Le Nord Kivu connaît une insécurité qui oblige la population à se déplacer continuellement. A cause des attaques des FDLR et des combattants Mai-Mai, la population du sous secteur de Musasa a dû fuir. Les FARDC et la MONUC qui sont présentes dans la région n’offrent pas de protection suffisante à la population civile livrée à elle-même. L’insécurité grandissante a fait fuir la population civile des secteurs de Vwandanze vers Lubero, Kimbulu et Butembo. Les populations du secteur de Masumo ont aussi fut vers Kalondo, Kimbulu, Butembo et les villages voisins. Le secteur de Muhangi n’est pas à l’abri des exactions des FDLR et des Mai-Mai.

 

Au Sud Kivu, la situation est tout aussi catastrophique. Depuis l’opération « Kimia II » (« Deuxième silence ») menée conjointement en juillet 2009 par les armées congolaise et rwandaise avec l’appui de la MONUC, la population ne sait plus à quel saint se vouer. En effet, l’opération n’a pas prévu de stratégie de protection de la population civile qui subit de la part des FDLR repoussées vers la forêt les pires formes de violences et d’exactions. Dans la zone de Mwenga, cité de Kamituga, les FDLR ont pillé, détruit et brûlé les maisons et autres biens des populations civiles dans leur retraite vers la forêt. Beaucoup de femmes, de filles et de fillettes ont été victimes de violences sexuelles accompagnées de barbaries allant de l’humiliation à la destruction de l’appareil génital des victimes.

Déjà au début de l’année 2009, l’opération conjointe des armées congolaise et rwandaise avec le soutien de la MONUC dénommée « Umoja wetu » (« Notre Unité »), avait certes aboutit à tuer et à capturer des rebelles des FDLR mais n’a pu anéantir la capacité nuisance ces groupes armés qui se vengent sur la population civile. Près de 1'000 personnes ont été tuées, 7'000 femmes, filles et fillettes violées, plus de 6'000 habitations détruites et près de 1'000'000 personnes déplacées vivant dans des conditions précaires dans une insécurité grandissante.

Dans la nuit du 2 au 3 octobre, trois Prêtres de la Paroisse de Ciherano au sud de Bukavu étaient enlevés et leurs ravisseurs ont exigé cinq mille dollars américains pour leur libération. L'Eglise de Bukavu a dû s’exécuter pour sauver les trois Prêtres. Mais cela n’a point suffit aux ravisseurs qui ont pillé et incendié le couvent des Prêtres.

 

Dans la nuit du 5 au 6 octobre 2009, une attaque similaire a été lancée contre le monastère des Frères Maristes de Nyangezi situé à 25 kilomètres au sud de Bukavu. L’Internat de l’Institut Weza géré par les Frères Maristes a été aussi victime de l’attaque. Les auteurs de l’attaque ont emporté de l’argent de la communauté religieuse et de l’Internat. Le 11 octobre, un groupe d’hommes armé a attaqué un camion des passagers au niveau des escarpements de Nyanfunze à Nyangezi, à 3 kilomètres du monastère des Frères Maristes. Trois personnes furent tuées et plusieurs autres blessées.

 

Dans la nuit du 6 décembre, la paroisse de Kabare a été attaquée. Après le pillage des locaux, les groupes armés ont tué l’Abbé Daniel Cizimia, un Prêtre congolais de 51 ans. Le 7 décembre, à 20 heures, des hommes armés ont attaqué le Monastère des Sœurs Trappistines de Murhesa. M. Bisimwa, sentinelle de la Paroisse et père de 7 enfants a été tué. Ils ont tué la Sœur Denise Kavira de nationalité congolaise âgée de 45 ans et qui était en charge de l'accueil.

 

Il est difficile d’identifier les auteurs de ces exactions à répétition. Mais tout porte à croire qu’il s’agit des rebelles de FDLR, des combattants Mai-Mai mais aussi des éléments des Forces Armées Congolaise (FARDC). L’incompréhension règne aussi de la population impuissante devant la violence qu’elle subit alors que la MONUC est présente dans la région. La passivité de la MONUC et surtout de la FARDC dont certains éléments sont parfois auteurs ou complices de l’insécurité et des violations graves des droits de l’homme qui en résultent dans la région, est interprétée par la population comme un non respect de l’obligation de protéger qui pèse au premier chef sur le gouvernement congolais mais aussi sur la communauté internationale dans son ensemble.

 

Il est regrettable que l’Examen Périodique Universel de la RD Congo qui s’est déroulé le 3 décembre 2009 n’a pu relayer nos préoccupations au regard de la situation d’insécurité, du désastre humanitaire et des violations massives des droits de l’homme générée par l’échec des opérations militaires conjointes « Umoja wetu » et « Kimia II » au Nord et au Sud Kivu. Toutefois, pour éviter que la situation ne devienne plus dramatique qu’elle ne l’est actuellement, Franciscans International recommande à la communauté internationale de prendre des mesures immédiates visant à assurer une protection effective à la population civile à l’Est de la RD Congo. Sur la base du rapport de la Haute Commissaire des Nations Unies aux Droits de l’Homme (A/HRC/10/58), des résolutions du Conseil des droits de l’homme (7/20, S-8/1 et 10/33), du Conseil de sécurité (1857, 1856 et 1896) et des Procédures spéciales (A/HRC/10/59), la communauté internationale devrait, sans délai :

 

Conseil de sécurité :

-          Décider d’une opération concertée impliquant la participation active de la MONUC en vue de démanteler et de réintégrer définitivement les groupes armés et les rebelles qui tuent, violent, pillent et incendient à l’Est de la RD Congo ;

 

-          Renforcer la capacité de la MONUC à assurer une protection effective immédiate de la population civile dont la souffrance a trop durée ;

 

-          Sans préjudice de la protection de la population civile, prendre toutes les mesures nécessaires afin de restaurer, au besoin par la force, la paix et la sécurité dans les Kivus;

 

-          Renforcer l’assistance humanitaire aux populations civiles victimes des violences sexuelles, de pillages et des exécutions sommaires et extrajudiciaires.

 

Conseil des droits de l’homme :

-          En guise de suivi de sa résolution S-8/1, envoyer en urgence avant qu’il ne soit trop tard une mission d’investigation et d’établissement des faits à l’Est de la RD Congo pour faire une évaluation de la situation des droits de l’homme et du droit humanitaire ;

 

-          Mettre tout en œuvre à travers l’action concertée des Procédures spéciales mentionnées dans la résolution 7/20 pour assurer une protection effective de la population civile.

 

Haut Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme :

-          Mobiliser dans l’immédiat sa présence sur le terrain pour protéger la population civile contre toutes les atteintes dont elle est victime et procéder aux investigations nécessaires pour situer les responsabilités.

 

Organisations humanitaires :

-          Apporter l’assistance humanitaire nécessaire aux populations civiles affectées par la recrudescence de l’insécurité et de la violence à l’Est de la RD Congo;